Sven : ce n’est pas le plus réussi, mais il restera toujours à part pour moi, puisqu’il s’agit de ma toute première figurine. J’avais encore la télévision, à l’époque, et je regardais de temps en temps une émission de décoration qui passait sur France 3 le samedi après-midi. L’une des rubriques de l’émission présentait le travail d’artisans très divers, et le déclic est venu d’un reportage sur une créatrice… de miroirs ! Elle créait des cadres de formes assez baroques et colorées, sur lesquels elle collait parfois des personnages en relief, sorcières, lutin, etc. Et c’est là que j’ai vu dans sa main un personnage comme Sven, un visage aux traits caricaturaux, grand nez, verrues… Sitôt l’émission finie, j’ai mis ma veste, et je suis allée acheter de la pâte à modeler. Et Sven est né, de façon étonnamment facile, c’était en avril 2001.
Sven s’est imposé assez vite tout simplement parce que je voulais un nom à consonance scandinave. J'ai hésité à l'appeler Roald, voire directement Amundsen (comme l'explorateur polaire !), mais Sven l'a emporté.
J’avais envie de faire de Sven une sorte de créature des bois, ou de la nature, et c’est pour montrer cette proximité avec la nature que j’ai voulu qu’il ait un animal. L’oiseau sur son épaule s’appelle Paulette. Paulette parce que j’avais envie de consonances un peu vieillottes, et peut-être aussi à cause d’un jeu de mots un peu navrant à trouver dans la prononciation de « Sven-et-Paulette ». Tant mieux ou tant pis pour ceux qui comprennent, je préfère ne pas expliciter !
Le modelage, l'attitude, les vêtements.

Pour que Sven « existe » plus vite, la première chose que j’ai modelée a été le visage, et je pense que j'avais en tête, bien présente, l'image du lutin aperçu dans le reportage, ce nez démesuré, ces verrues... Mais en retrouvant cette photo de Sven pour l'insérer ici, quelque chose m'a frappée, et Google images a confirmé mon impression soudaine : la structure de son visage pourrait aussi bien être une caricature grossière du chanteur australien Peter Garrett (du groupe Midnight Oil) dont j'ai toujours trouvé le visage très intéressant !
J'ai été confrontée pour la première fois à la question « comment faire tenir une tête sur un corps avec un cou forcément fragile entre les deux ?», ce qui m'a amenée à improviser une armature avec ce que j'avais sous la main, en l'occurrence, un pic à brochette en bois. Ledit pic se prolongeant jusque dans le socle, sur lequel sont posés deux pieds bien larges afin de maintenir Sven en équilibre. Deux pieds d'ailleurs chaussés de bottines qui ne sont pas sans rappeler celles des schtroumpfs, mais là encore ce n'était pas conscient, puisque ce sont des personnages que je n'ai jamais beaucoup aimés.
Je ne suis pas sûre d'avoir vraiment eu une idée préalable précise de ses vêtements : j'ai étalé de la pâte le plus finement possible et je l'ai façonnée autour de son corps. Corps contre lequel ses deux bras sont étroitement serrés (il faut bien débuter !) et bien sûr, forcément, évidemment, il n'a pas de mains, ou du moins les garde-t-il de façon fort désinvolte bien au fond de ses poches !
Je me rends compte qu'il m'est assez difficile de « raconter » Sven, dans la mesure ou contrairement aux autres figurines, je ne l'ai pas longuement imaginé, anticipé, rêvé avant de le modeler. Le temps passé a donc plus facilement occulté certains détails de ma mémoire...
Un souvenir précis, toutefois : je souhaitais pour lui un chapeau tibétain, et ma source d'inspiration a été ce timbre représentant Alexandra David-Neel, grande exploratrice du Tibet.
Je me demande si mon goût pour l'accord du rose et du vert n'est pas né à l'Alte Pinakothek de Munich : en tout cas, il est né dans un musée lorsque je me suis rendue compte que bien souvent, la manche rose du personnage d'un rétable médiéval était tout à côté du manteau vert d'un autre personnage. L'association m'a plu, plus douce que la complémentarité classique du rouge et du vert, et reste un des accords de couleurs que je préfère.

Sven a donc hérité de cette combinaison, agrémentée de bleu pour le manteau, et d'un peu de jaune pour en faire ressortir les bouton, et j'ai expérimenté la technique utilisée par la suite sur quasiment toutes les figurines : sur une sous-couche de couleur à peu près uniforme, je repasse une couleur proche, un peu plus claire en général, sur un pinceau très sec et peu chargé. C'est ce qui donne l'aspect légèrement vieilli particulièrement visible sur le bleu de son manteau.
Sven tout sourire en dépit de son nez sur-dimensionné, de la première ébauche à la figurine terminée, c'est par ici !