Comment naît l'envie ?
L'envie de modeler Sven est née en quelques minutes, le temps de visionner un reportage sur une femme artisan dont la spécialité n'était d'ailleurs même pas le modelage mais la création d'encadrements plus ou moins baroques pour des miroirs. Pour plus de détails, voir ici.

Au commencement était Sven, donc... puis vinrent les autres, tout naturellement. J’aime regarder les gens. Dans le métro, dans les journaux, dans la rue, à la télévision (à l’époque où j’en avais encore une), sur un écran de cinéma... Je les regarde et je souris intérieurement, mais jusqu'aux oreilles, lorsque je croise des personnes « figurinables ». Hélas, croiser quelqu'un en coup de vent me laissera une impression plus ou moins forte mais ne me donnera pas forcément toutes les informations dont j'aurais besoin pendant le modelage, c'est à dire si possible des photos de face, profil et 3/4 ! Google images, outil devenu indispensable, peut en revanche me fournir ce genre de photos si le modèle est célèbre...
De toute façon, en prenant un modèle, mon but n’est pas de « faire ressemblant » mais plutôt d’avoir une idée des proportions du visage, une impression générale (nez plus en avant que le menton ? front bombé ? pommettes saillantes ou presque aplaties ?). Au bout du compte, peu importe si le résultat n’est pas un portrait craché de l’original !
Peu importe également si mes pâtamodelages n'ont jamais la taille mannequin, perchés sur leurs trop petites jambes. Sven-le-lutin m'a fourni l'échelle que j'ai suivie pour Zibeline... Lorsque j'ai commencé à me demander confusément s'il ne serait pas préférable de rétablir des proportions plus classiques, un ami à qui j'ai montré Li-Mei en m'excusant presque de ses petites gambettes a eu cette exclamation libératrice : « ah mais non, tant mieux si elle a les jambes trop courtes, tu ne fais pas des Barbies, au moins » ! Certes. Et puisque mes pâtamodelages ne sont pas prêts de ressembler à des Barbies, je peux les habiller à ma guise, même chez les plus grands couturiers.
Car en dépit d’une petite (ou moins petite) voix en moi qui me dit que les vêtements sont quelque chose de superficiel, je dois bien l’avouer : j’aime ça. Beaucoup, même ! J’y suis attentive en tout cas, et « la mode » m’intéresse, à travers les époques et les continents. J’aime voir le drapé d’un boubou comme les robes splendides à taille très haute de l’époque de Jane Austen, je prends plaisir à voir des danseurs en répétition parce qu’il y a du grand art dans le n’importe quoi de leurs tenues, je reste bouche bée devant certains costumes de films, j’admire le tombé parfait d’un tissu ou les broderies fabuleuses d’une robe de grand couturier, le luxe des détails comme celui de la simplicité, les plissés, les ruchés, les couleurs lumineuses des étoffes des habitants de l’Himalaya, je m’émerveille de la subsistance de métiers comme celui de plumassier…
À défaut de pouvoir moi-même dessiner ou créer certains vêtements de toutes pièces, je les modèle sur des personnages notoirement courts sur pattes. Et me voilà modiste, brodeuse et petite main en même temps que démiurge. Mo-des-te-ment !
À vrai dire, c’est peut-être par là que j’aurais dû commencer, et c’est peut-être ce qui résume la façon dont naissent les envies de faire telle ou telle figurine : c’est peut-être tout simplement une façon de vivre, les yeux toujours grand ouverts, et pas que les yeux, d’ailleurs, même si la vue est peut-être le sens le plus aiguisé chez moi.
Les gens, les musées visités, le détail d’un tableau, les mots lus ou entendus, une belle association de couleurs, il faut parfois tout simplement que j’en « fasse quelque chose » ! Alors le plus souvent, j’écris ou je modèle. Et je ne peux pas répondre au pourquoi sinon par un… parce que.
Suite : quels matériaux ? des figurines entre terre et fer.