Après le relatif tournant représenté par Abdu-Ali, j’ai eu envie de continuer dans cette voie de personnages plus en mouvement, voire entre danse et transe.
L’échec de Méroé était déjà loin et je souhaitais reprendre l’idée d’une femme africaine que j’imaginais déjà drapée dans un tissu teint à l’indigo, comme dans le superbe livre sur les textiles africains que l’on m'a offert.
Pendant toute la première partie du modelage, j’ai hésité entre Aminata et Fatoumata (ou Fatou), mais j’ai finalement lu le nom Baba qui m’a plu immédiatement, court, aux sonorités qui claquent comme on frapperait le sol de ses pieds en dansant. Brève hésitation : pourquoi pas Madame Ba, comme le titre récent du livre d’Eric Orsenna ? Peut-être simplement parce que je n’avais pas lu le livre. Baba, donc !
Les nombreuses photos trouvées par l’intermédiaire de Google images (notamment la photo ci-contre que j’aime beaucoup) m’ont donné de bonnes pistes mais toujours pas la posture de danse africaine que j’avais en tête et qui serait réalisable en pâte à modeler.
Puisque j’avais une idée précise de ce que je voulais et qu’un moment de ridicule est vite passé, j’ai posé moi-même devant l’appareil numérique, ce qui m’a permis à la fois de vérifier qu’il était bien physiquement possible de se tenir comme Baba en gardant les pieds à plat sur le sol et d’expérimenter différentes positions de bras. Même chose pour le tombé du pagne, expérimenté avec un grand foulard.

Il ne restait plus qu’à adapter tout cela sur Baba que je voulais bien en chair : elle n’est certes pas grosse, mais elle a tout de même des formes assez généreuses. Peut-être aurait-elle tenu en équilibre naturellement, mais j’ai eu peur que les contraintes créées par sa position très en arrière finissent par être trop importantes. J’ai donc eu recours, en guise d’étaie, à un pic en bois planté dans le socle et dans sa fesse gauche et dissimulé dans les plis du pagne.
Grande première, intrépidité suprême, hardiesse technique extravagante : Baba a non seulement des mains, mais aussi des doigts ! Chacun d'entre eux contient un fil de fer très fin afin d’éviter qu’ils cassent au moindre choc. Combien de tentatives avant de finalement arriver à quelque chose qui ressemble peu ou prou à une paire de mains aux doigts écartés ?
Je n’ai pas été aussi pointilleuse que pour Abdu-Ali dont les vêtements, couleur mise à part, reflètent assez fidèlement ceux des derviches. Baba porte un pagne drapé assez traditionnel, mais son haut ajusté est davantage une sorte de version à bretelles de ce que les indiennes portent sous leurs saris, mâtinée d’un esprit un peu cabaret ou danse orientale dans les franges (franges inspirées en bonne partie par cette robe de John Galliano) !
Baba a failli garder la tête nue, voire sans cheveux, mais en cherchant des idées de couvre-chefs je suis tombée sur la photo ci-contre. Si j’ai bien compris, il s’agit d’un chapeau traditionnel zoulou porté par les femmes mariées : je n’en ai gardé que la forme générale mais pas la couleur ni l’ornement à pointes triangulaires.
Palette un peu inédite, pour une fois ! J’ai utilisé pour Baba les associations de couleur dont j’avais envie pour moi-même au moment du modelage : après un hiver à porter beaucoup de rose, j’avais envie de bleu et de vert pour le printemps. Tout est resté assez fade jusqu’à ce que je souligne certains détails de turquoise assez vif qui, je trouve, équilibre l’ensemble.

Pour le pagne, j’ai expérimenté une nouvelle méthode : tous les motifs ont été dessinés au feutre blanc opaque, outil plus maniable et plus rapide d’emploi que le pinceau pour des détails fins comme ceux-ci (du moins pour moi). Pour atténuer le résultat trop net et trop blanc et me rapprocher de l’esprit d’un tissu teint à l’indigo, j’ai repassé une couche de peinture par-dessus les motifs avec un pinceau presque sec (même technique que pour « vieillir » et matifier les vêtements de Sven, Zibeline et Abdu-Ali).
Le socle jaune rappelle le sable et apporte une note plus claire à l’ensemble !
A titre indicatif, Baba a fait partie des figurines « vite faites », puisqu’un mois seulement s’est écoulé entre le premier jour de modelage et le dernier jour de peinture, l’interruption la plus longue du travail n’ayant pas excédé une semaine à 10 jours.
Autre caractéristique de Baba : elle est la première figurine pour laquelle j'avais un appareil photo à demeure pendant le modelage, ce qui explique que le nombre de photos est beaucoup plus important ! Pour toutes les autres figurines, j'empruntais un appareil numérique à un voisin.
Baba dans tous ses états, de la silhouette sans bras au pâtamodelage terminé, c'est par ici !