L'envie.
J’ai toujours aimé voir des images de derviches tourneurs, mais je n’avais jamais pensé à en faire une figurine avant de regarder un soir l’émission de télévision Des racines et des ailes consacrée à la Turquie. En quelques mots rapides, les Derviches tourneurs sont un ordre religieux créé au XIIIe siècle dans ce qui est devenu aujourd’hui la Turquie. Ce sont des soufis, c’est à dire des mystiques musulmans, dont la particularité est d’utiliser la musique et la danse comme technique spirituelle dans leur recherche de Dieu.
D’abord bras croisés, mains sur les épaules, ils commencent à tourner sur eux-mêmes et étendent les bras dans une posture caractéristique que je trouve très belle, entre la danse et la transe, tête penchée, toujours une main tournée vers le ciel et l’autre vers la terre.
Je ne me suis pas demandé immédiatement comment j’allais bien pouvoir m’en sortir techniquement, mais en voyant le reportage sur les derviches, il est devenu évident que ce serait-là ma prochaine figurine. Bras levés, et en train de tourner, bien sûr.
Je voulais un nom qui ait un sens, babynamer.com m’a permis de trouver Abdu, serviteur de Dieu, et Ali, extatique, que j'ai associés faute de pouvoir (et de vouloir) choisir entre les deux. Abdu-Ali, serviteur de Dieu extatique, voilà qui me paraissait bien aller à un derviche en pleine extase mystique.
Le modelage, l'attitude, les vêtements.
Abdu-Ali est probablement ma figurine la plus « documentaire », puisque je souhaitais que la représentation soit proche de la réalité. Position du corps, des mains, vêtements, sens de la rotation, j’ai cherché à en savoir le plus possible avant de commencer, tout en rassemblant comme d’habitude toute une série d’images.
En guise de modèle pour les proportions du visage, j’ai choisi une personnalité dont le visage se rapproche de celui que je souhaitais, et dont j’étais à peu près sûre de trouver sur internet des photos de face, de profil, et de 3/4. Le roi du Maroc, Mohamed VI !

Abdu-Ali représente un grand bond en avant technique. Bras maintenus vers le haut, mais avec le pouce qui se détache des autres doigts, jupe virevoltante… Pour les bras, j’ai utilisé la méthode classique de l’armature en fil de fer, avec également un fil très fin dans chaque pouce.
Pour que la jupe virevolte (et que le chapeau haut soit suffisamment solide), j’ai trouvé du grillage à mailles fines, juste assez souple pour pouvoir être tordu et assez rigide pour garder une forme (trouvé dans un magasin de loisirs créatifs, ce grillage est apparemment utilisé entres autres choses par ceux qui créent des paysages faits de moult collines et tunnels pour y faire passer leurs petits trains électriques). Coupé en rond, forme maintenue par du fil à coudre, la jupe est fixée au reste du corps par une multitude de petits fils de fer pliés en U fichés dans le ventre à travers les mailles du grillage. J’avais un peu peur des tensions que tout cela allait crééer, et les fissures ont effectivement été très nombreuse, mais après plusieurs colmatages, tout a fini par tenir.



A un détail près toutefois : le cou est souvent une zone très fragile de mes pâtamodelages, et vous en avez ici l’illustration : la tête d’Abdu-Ali n’est plus maintenue que par le pic en bois qui sert d’armature principale !
En blanc, couleur traditionnelle de la robe des derviches, Abdu-Ali ne semblait vraiment pas « fini », j’ai donc renoncé à la vraisemblance sur ce point (on trouve toutefois des photos où les derviches sont vêtus de couleurs vives : « vrais » derviches ou danseurs participants à des spectacles calibrés pour les touristes ? je ne saurais le dire). J’ai dessiné grossièrement Abdu-Ali, scanné le dessin, et fait des simulations de couleurs sur écran, mais rien n’était convaincant, et il me manquait l’idée du mouvement que je voulais accentuer par la couleur ou des motifs. Toutes proportions gardées, de même que « L’homme qui marche » de Giacometti donne vraiment l’impression de marcher, je voulais qu’Abdu-Ali le derviche tourneur donne vraiment l’impression de tourner !

L’inspiration a fini par venir… d’un de mes tee-shirts, que j’avais à l’origine acheté pour ses couleurs bien plus que pour ses motifs. Je l’avais donc sous les yeux pendant que je peignais la jupe d’Abdu-Ali. J’ai fait la bêtise de passer une couche de blanc à peine rosé sur les motifs une fois finis, au pinceau presque sec, et le résultat a été catastrophique ! Au lieu d’atténuer légèrement les couleurs comme je l’espérais, cela a plutôt rendu les motifs illisibles, comme un mauvais brouillon, et j’ai dû tout repeindre.
J’ai gardé le vert, le rose et le bleu que j’associe si souvent, mais en rendant les teintes beaucoup plus sourdes, notamment pour le gilet et le chapeau d’un rose qui tire sur le marron.
A vrai dire, Abdu-Ali devrait figurer dans la liste des figurines inachevées : il n’est pas encore vernis, ce qui signifie que je suis encore susceptible de le modifier. Son socle et ses jambes, notamment, sont d’une couleur trop uniforme qui devrait être « ternie » et atténuée. Et sa tête réparée.
Jupe fissurée des débuts, essais de photos en mouvement, pour découvrir Abdu-Ali tout en images, cliquez ici.