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Art postal (mail-art).

Des dizaines d'enveloppes que j'ai envoyées, je n'ai gardé que peu de traces (ci-contre, quelques enveloppes reçues, créées par d'autres art-postalistes). Sitôt créées, sitôt soufflées, envolées dans la masse du courrier, et j'aimais cette idée de ne pas thésauriser, cette impression d'éparpiller les éléments d'un mandala de papier. L'idée aussi d'offrir à tous ceux qui interviennent dans l'acheminement d'une lettre jusqu'à son destinataire un peu de fantaisie.

Créer une enveloppe, c'était choisir minutieusement le papier (j'aime toujours autant les magasins de papier, même si j'en utilise moins...), l'encre, le fil (puisque la plupart de mes enveloppes étaient cousues à la machine), dessiner, peindre, découper, ajourer, coller, tout harmoniser, y compris, bien sûr, le timbre.

Même si je n'ai jamais été attirée par la philatélie (à vrai dire, à de rares exceptions près, l'idée même de collection me fait fuir), j'étais un peu frustrée quand il m'arrivait de voir des enveloppes magnifiquement décorées mais affranchies sans soin. Bachelard dit de Baudelaire qu'il n'emploie jamais un adjectif de façon irréfléchie, comme "une séquelle du substantif", eh bien voilà, toutes proportions gardées, pour moi le timbre ne devait jamais apparaître comme une séquelle ou un mal nécessaire sur une lettre. Juste comme une contrainte à prendre en compte, avec toujours en dernière extrémité la possibilité de le cacher au dos de l'enveloppe, ou de rectifier sa couleur d'un coup de pinceau. À la question que vous vous posez peut-être, la réponse est non : non, je n'ai jamais eu de problème avec la Poste, au contraire. Certains postiers, par exemple, semblaient s'abstenir d'oblitérer, comme par crainte d'abimer quelque chose !

Tout ce qui précède est rédigé au passé : j'avais pourtant si souvent fait l'éloge de la lenteur, mais vous l'aurez peut-être deviné, voilà bien des années que mon courrier ne passe plus par la case papier...

Quelques exemples (cliquez pour agrandir).

1997. - "Pourquoi écrivez-vous ?" : c'est la première invitation d'art-postal à laquelle j'ai répondu, invitation initiée par "Plumes, le magazine de l'écriture et du stylo". Enveloppe publiée par le magazine (comme l'a été l'enveloppe St Michel ci-dessous, ainsi que plusieurs autres).

1998. - Une fois n'est pas coutume, je crois que j'ai eu un tout petit peu de mal à me séparer de cette enveloppe-ci, variation autour d'un timbre tout en papiers népalais de couleurs vives collés sur fond noir, avec rajout de dessins à l'encre noire et à l'encre blanche.

1998. - Thème de l'invitation : "quel lien unit l'art à l'écriture ?". Variation autour d'un timbre représentant St Michel : l'écriture, ou l'art de terrasser ses démons. Le support est du vrai parchemin !

1998. - Cela ne m'est arrivé que très rarement, mais voilà, pour cet hommage à Paul Auster, je me suis écrit à moi-même. Il s'agit d'une variation autour d'une de mes phrases favorites dans le livre Moon Palace, au sujet du premier pas de l'Homme sur la lune : "Since the day that he was expelled from Paradise, Adam had never been this far from home" (depuis qu'il avait été expulsé du Paradis, jamais Adam n'avait été aussi loin de chez lui).

Projet d'enveloppe abandonné : l'oiseau est une carte postale du Musée de l'Impression sur étoffes de Mulhouse.